Et alors ?
Est-ce un mal en soi ?
Ce qui peut devenir dangereux est peut-être ailleurs.
Lorsque je parle ici de dépendance affective, je parle d'abord de ce besoin d'aimer, d'être aimé, d'être entouré, de ressentir la présence de l'autre.
L'évolution de l'espèce humaine s'est construite sur ce besoin de lien.
Nous sommes des êtres sociaux.
Et cette sociabilité ne peut être vécue sans un attachement aux autres, à leur présence, à leur amour pour nous et au nôtre pour eux.
C'est aussi grâce à cela que notre espèce a pu évoluer, vivre ensemble et se multiplier.
La dépendance affective ne naît pas de nulle part.
Regardons simplement notre nature.
Lorsqu'un nourrisson vient au monde, il est entièrement dépendant de l'autre.
Il recherche le sein.
La chaleur.
Le contact.
L'odeur.
La présence.
La sécurité.
Lorsqu'il ressent une insécurité, il cherche naturellement ce qui peut le rassurer.
Et peut-être que cette recherche ne disparaît jamais totalement.
Elle change simplement de forme.
Moi-même, je suis dépendant de l'amour de mon épouse.
Lorsqu'elle est absente, elle me manque.
Et parfois, je peux même ressentir de la colère parce que je suis obligé de vivre son absence.
Non pas parce que quelqu'un m'y a obligé, mais parce que je m'y suis obligé moi-même, pour diverses raisons.
Ma dépendance affective m'y a poussé.
Là, c'est bien de la dépendance affective comme beaucoup d'entre-nous.
Et c'est justement en le voyant que j'ai compris à quel point elle pouvait influencer mes choix.
À ce moment-là, ma dépendance affective peut utiliser tout ce que je porte pour donner des raisons à ma douleur.
Mes croyances.
Mes pensées.
Mes émotions.
Et c'est justement là que j'ai pu la voir.
J'ai pu voir comment ma dépendance affective influençait mes pensées, mes émotions et mes actions.
Cela se reproduira certainement.
Puisque ce besoin de dépendance fait partie de ce que je porte.
Mais maintenant, je l'ai vu.
Une personne m'a dit que lorsqu'elle ressent une insécurité émotionnelle après un désaccord, elle peut parfois avoir un geste très particulier : elle tète le bras de son époux.
Cela peut faire sourire.
Mais lorsqu'on regarde ce geste, on y vois quelque chose de profondément humain.
Comme un retour instinctif vers le contact.
Vers la proximité.
Vers ce qui rassure.
Nous devenons adultes.
Mais nous continuons parfois à chercher chez l'autre cette sécurité affective dont nous avons besoin depuis le commencement.
C'est peut-être aussi là que la dépendance affective prend racine. Elle n'est pas mauvaise, elle est un besoin naturel.
Parce qu'elle n'est pas apparue un jour, sortie de nulle part.
Elle appartient peut-être au prolongement naturel de notre besoin d'attachement.
Ce qui est dangereux dans la dépendance affective, ce n'est peut-être pas simplement de l'être.
C'est de ne pas la voir.
De ne pas voir comment elle nous dirige.
Car lorsque nous pouvons véritablement la voir, elle ne disparaît pas.
Mais elle dirige moins aveuglément nos pensées, nos émotions et, par conséquent, nos actions.
Et voir cela peut déjà changer notre regard.
Rejeter notre dépendance affective ou refuser de la voir, c'est peut-être rester dans l'aveuglement.
Par ailleurs, nous voyons beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux afficher leur indépendance.
Elles expliquent qu'elles n'ont besoin de personne.
Qu'elles se suffisent à elles-mêmes.
Peut-être que c'est vrai.
Mais j'y vois un paradoxe intéressant.
Si elles aiment cette indépendance, pourquoi viennent-elles sur les réseaux sociaux montrer cette indépendance aux autres ?
N'est-ce pas tout de même une certaine dépendance de l'autre ?
Et si notre dépendance affective pouvait aussi nous pousser à vouloir paraître indépendants ?
À rejeter notre besoin de l'autre ?
À nous isoler ?
À fuir le monde ?
Et que finalement, nous cherchons encore le lien avec l'autre, mais autrement ?
À travers un écran.
À travers des regards.
À travers des réactions.
À travers le besoin d'être entendu.
À travers le besoin d'être reconnu.
Là est peut-être le grand paradoxe, n'est-ce pas ?
Ne nous rejetons pas parce que nous nous croyons faibles à cause de notre besoin de l'autre.
Nous sommes des êtres de lien.
Regardons simplement comment ce besoin agit en nous.
Sans le condamner.
Sans chercher à le faire disparaître.
Juste le voir.
Pour qu'il cesse, peu à peu, de nous conduire sans que nous le sachions.
Est-ce une Réalité ? Je n'en sais rien, car la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien. Je Suis
Cette parole, comme toutes les autres, n'est qu'une réflexion...
Alors, voyons simplement ce qui Est.