Ce n'est pas toujours notre choix qui nous fait peur
Parfois, on sait exactement ce que l'on veut faire.
Quitter une relation.
Changer de travail.
Dire quelque chose que l'on garde depuis longtemps.
Prendre une décision qui va bouleverser une situation.
Le choix est là.
Et au fond, ce n'est peut-être même pas lui qui nous fait le plus peur.
Ce qui nous fait peur, c'est ce qu'il va provoquer.
La réaction de l'autre.
Les conséquences.
Ce qui va changer après.
Ce qu'il faudra expliquer.
Et surtout, ce qu'il faudra assumer lorsque notre décision ne nous appartiendra plus complètement, parce qu'elle sera entrée dans la vie de quelqu'un d'autre.
Faire un choix est une chose. Assumer ce qu'il provoque en est une autre.
On peut décider de quitter quelqu'un parce que, de notre point de vue, cette relation ne nous convient plus.
Cette décision peut être réfléchie.
Elle peut avoir de très bonnes raisons.
Et pourtant, au moment de l'expliquer, quelque chose peut se compliquer.
Parce que naturellement, nous allons parler depuis notre perception.
« J'ai fait ça parce que… »
« J'en avais besoin parce que… »
« Je ressentais ça… »
« Pour moi… »
Tout peut être sincère.
Mais l'autre n'est pas à notre place.
Il reçoit notre choix depuis sa propre perception.
Et nos raisons peuvent alors être rejetées, non parce qu'elles sont forcément mauvaises, mais parce qu'elles ne répondent pas à ce que lui est en train de vivre ou de comprendre.
Nous expliquons souvent nos choix comme si l'autre regardait depuis notre place
Mais ce n'est pas le cas.
Ce qui semble évident depuis notre fenêtre peut être complètement différent depuis celle d'en face.
Alors peut-être qu'assumer véritablement un choix ne consiste pas seulement à pouvoir dire :
« Voilà pourquoi je l'ai fait. »
Il faut aussi pouvoir se demander :
« Comment puis-je l'expliquer pour que l'autre puisse comprendre depuis l'endroit où il se trouve ? »
Et c'est très différent.
Il ne s'agit pas de changer la vérité pour lui faire plaisir.
Ni de manipuler les mots.
Ni de prendre une décision selon ce que l'autre voudrait.
Le choix reste le nôtre.
Mais son explication peut essayer de rejoindre la perception de l'autre.
Parce que si je parle uniquement depuis ce que moi je sais, ce que moi j'ai vécu et ce que moi j'ai compris, je peux avoir raison pendant des heures…
et ne jamais être compris.
Peut-être est-ce aussi cela, assumer
Nous disons facilement :
« J'assume mon choix. »
Mais l'assumer ne commence peut-être pas au moment où nous le faisons.
Il commence aussi lorsque nous découvrons ce que ce choix produit.
Car un acte peut durer quelques secondes.
Ce qu'il provoque peut durer beaucoup plus longtemps.
Et c'est peut-être cela qui nous fait réellement peur.
Non pas seulement faire.
Mais vivre avec ce qu'il en ressortira.
Alors avant d'expliquer encore et encore nos raisons, peut-être pouvons-nous nous poser une question :
Est-ce que j'essaie de faire comprendre mon choix depuis ma perception… ou depuis celle de la personne qui doit le recevoir ?
Parce que faire un choix depuis soi est une chose.
Savoir le rendre compréhensible depuis la place de l'autre en est une autre.
Et peut-être qu'assumer véritablement nos actes, c'est aussi assumer cette différence.