La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
Étrange, n'est-ce pas ?
J'ai écrit il y a quelque temps une parole que je partage encore parfois en commentaire lorsque je lis certaines publications.
Juste pour faire réfléchir.
Elle dit :
Il y a la Réalité de ce qui Est,
et la Réalité de ce qui Est.
Cela semble parfaitement identique.
Et pourtant, je ne parle pas tout à fait de la même Réalité.
L'une est la Réalité de ce qui Est.
L'autre est la réalité de ce que nous croyons ou pensons être ce qui Est.
Les deux existent dans notre expérience.
Seulement, l'une peut cacher l'autre.
Je vois ce que je crois
Nous pensons généralement regarder le monde tel qu'il est.
Mais est-ce vraiment le cas ?
Prenons simplement nos croyances.
Nous pouvons croire en Dieu.
Croire qu'il n'existe pas.
Croire en une âme.
Croire qu'il n'y en a pas.
Croire en la réincarnation.
Croire que la mort est une fin.
Croire à l'Éveil.
Croire que l'Éveil n'existe pas.
Croire que nous sommes une Conscience.
Croire que nous ne sommes qu'un corps.
Croire au libre arbitre.
Croire que tout est déterminé.
Croire qu'une tradition détient quelque chose de vrai.
Ou croire que toutes les traditions racontent des histoires.
Et pour chacune de ces croyances, nous pouvons trouver des paroles, des livres, des raisonnements, des expériences et parfois même des connaissances qui semblent nous donner raison.
Alors, petit à petit, nous ne disons plus :
« Je crois que c'est ainsi. »
Nous disons :
« C'est ainsi. »
Et quelque chose vient de changer.
La croyance est devenue, pour nous, la Réalité.
Mais une croyance devenue certitude reste-t-elle une croyance ?
Peut-être est-ce justement lorsqu'elle devient une certitude qu'elle est la plus difficile à voir.
Car nous pouvons remettre en question ce que nous savons être une croyance.
Mais pourquoi remettrions-nous en question ce que nous appelons déjà :
« la vérité » ?
Cela vaut pour la religion.
Pour la spiritualité.
Pour la philosophie.
Pour nos idées sur la Conscience, le Soi, l'Éveil ou Dieu.
Mais aussi pour nos convictions sur le monde, la société, la vie, la mort et la nature humaine.
Même une pensée extrêmement profonde peut devenir une croyance.
Même une expérience spirituelle peut devenir une croyance lorsqu'elle devient l'explication de tout.
Même une connaissance peut devenir une croyance lorsque nous cessons de pouvoir la questionner.
Et même cette phrase :
« Tout est croyance »
pourrait devenir...
une nouvelle croyance.
Voilà toute l'étrangeté.
Alors retirons ce que je crois
Imaginons un instant que je puisse retirer tout ce que je crois savoir.
Mes croyances.
Mes certitudes.
Mes connaissances.
Les enseignements reçus.
Les livres lus.
Les expériences vécues.
Les mots appris pour expliquer ces expériences.
Les conclusions que j'en ai tirées.
Tout ce qui me permet aujourd'hui d'affirmer :
« Je sais. »
Que reste-t-il ?
Peut-être rien de ce que je pourrais expliquer.
Car dès que je dis :
« Voilà ce que c'est »,
j'ai déjà nommé.
J'ai déjà interprété.
J'ai déjà fait intervenir ce que je sais ou crois savoir.
Et peut-être que toute la difficulté est là.
Même ce texte peut être une croyance
Tout ce que j'écris ici peut sembler cohérent.
Je peux argumenter.
Donner des exemples.
Construire une réflexion magnifique.
Je peux même croire profondément avoir vu quelque chose.
Et pourtant...
qu'est-ce qui me garantit que je ne suis pas simplement en train d'organiser très intelligemment ce que je crois savoir ?
Rien.
Et c'est justement pour cela que je peux encore me demander :
Est-ce ce qui Est...
ou ce que je crois avoir compris de ce qui Est ?
Cette question ne détruit pas la connaissance.
Elle lui redonne peut-être simplement sa juste place.
Une connaissance peut être immense.
Elle peut éclairer.
Elle peut permettre de comprendre.
Elle peut bouleverser notre manière de voir.
Mais dès qu'elle devient :
« Je sais que c'est ainsi et cela ne peut être autrement »,
la coupe commence peut-être à se remplir.
Garder la coupe vide
C'est ce que j'aime profondément dans la pensée associée à Socrate :
savoir que l'on ne sait pas.
Ce n'est pas rejeter le savoir.
Ce n'est pas choisir l'ignorance.
Ce n'est pas davantage prétendre que toutes les connaissances se valent.
C'est pouvoir apprendre énormément...
sans transformer ce que l'on apprend en Vérité définitive.
Car une coupe déjà pleine ne reçoit plus rien.
Elle peut contenir une eau magnifique.
Pure.
Précieuse.
Mais si cette eau reste là suffisamment longtemps sans jamais être renouvelée...
elle finit par stagner.
Et peut-être même par devenir verte.
Alors peut-être que connaître ne consiste pas seulement à remplir notre coupe.
Peut-être faut-il également savoir la vider.
Apprendre.
Comprendre.
Explorer.
Voir.
Et malgré tout ce savoir, rester encore capable de dire :
« Peut-être. »
Non pas parce que nous ne savons rien au sens où nous n'aurions aucune connaissance.
Mais parce que nous gardons une différence entre :
ce que je sais,
ce que je crois savoir,
et ce qui Est.
Et peut-être que ces trois choses ne sont pas toujours identiques.
Car au-delà de toutes nos philosophies...
de toutes nos spiritualités...
de toutes nos croyances...
de toutes nos explications...
et même de toutes nos certitudes sur ce que nous appelons la Réalité...
il reste cette étrange possibilité :
Ce qui Est n'a jamais eu besoin de ce que nous en pensons pour Être.
Et devant cela...
La seule chose que je sais,
c'est que je ne sais rien.
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Est-ce une Vérité ? Je n'en sais rien, car la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
Je Suis
Cette parole, comme toutes les autres, n'est qu'une réflexion...
Alors, voyons simplement ce qui Est.