À ceux qui se disent « éveillés »

À ceux qui se disent « éveillés »

« Je suis éveillé. »

Très bien.
Mais qui le dit ?

Lorsque cette pensée apparaît :
« Je suis éveillé »,
quelque chose en toi l'entend.

Ton esprit peut alors chercher des preuves.
Une expérience vécue.
Un silence profond.
Une sensation d'Unité.
Une compréhension nouvelle.
Une disparition momentanée du « moi ».
Des années de méditation.
Des connaissances spirituelles.

Et peu à peu, une image apparaît.
« Je suis éveillé. »

Mais regarde bien.
Si aucune pensée n'était là pour prononcer intérieurement ces mots...
serais-tu encore « éveillé » ?

Si personne autour de toi ne pouvait l'entendre...
si aucun regard ne pouvait le reconnaître...
si aucun mot ne pouvait le nommer...
où serait ton éveil ?

Je ne demande pas si l'expérience que tu as vécue était réelle.

Je demande quelque chose de beaucoup plus dérangeant :
L'identité que tu as construite autour d'elle est-elle encore cette expérience ?

Car peut-être qu'un jour, quelque chose a réellement été vu.

Quelque chose s'est tu.
Le bruit s'est arrêté.
Le « moi » s'est peut-être effacé un instant.
Et dans ce silence...

il n'y avait justement personne pour dire :
« Je suis éveillé. »

Puis la pensée est revenue.
Elle a regardé ce qui venait de se passer.
Elle l'a touché avec ses mots.
Elle lui a donné un nom.
« Éveil. »

Puis elle a peut-être ajouté :
« Cela m'est arrivé à moi. »

Et enfin :
« Je suis éveillé. »

Alors quelque chose d'étrange s'est produit.

Ce qui avait peut-être été disparition du « moi » est devenu une nouvelle identité du « moi ».

Avant :
« Je suis perdu. »

Après :
« Je suis éveillé. »

Les mots ont changé.
L'image aussi.
Mais celui qui a besoin de se définir a-t-il réellement disparu ?

Peut-être même porte-t-il maintenant des vêtements plus lumineux.
Et c'est ici que le clair-obscur devient intéressant.

Car celui qui se croit éveillé peut facilement regarder sa lumière.
Sa Compassion.
Son Amour.
Sa Conscience.
Sa sagesse.
Son détachement.

Mais que se passe-t-il lorsqu'on touche son ombre ?

Lorsqu'on lui dit quelque chose qu'il ne veut pas entendre ?
Lorsqu'on ne reconnaît pas son éveil ?
Lorsqu'on contredit sa Vérité ?
Lorsqu'on touche son orgueil ?
Lorsqu'une colère surgit ?

Une jalousie ?
Un besoin d'être reconnu ?
Un besoin d'avoir raison ?

Que devient alors :
« Je suis éveillé » ?

Je ne dis pas que ces réactions prouvent que quelqu'un ne l'est pas.

Ce serait encore fabriquer une définition de ce que devrait être un « éveillé ».

Je pose une question beaucoup plus simple.
Qui a besoin de savoir qu'il Est éveillé ?

Et surtout...
lorsque cette pensée disparaît,
lorsque la croyance disparaît,
lorsque le mot « éveil » disparaît,
lorsque l'image de celui que tu crois Être disparaît...
que reste-t-il ?

Plus personne pour dire :
« Je suis éveillé. »

Plus personne pour dire :
« Je ne le suis pas. »

Plus rien à montrer.
Plus rien à défendre.

Peut-être même plus rien à atteindre.
Seulement...
Cela.

Alors peut-être que l'Éveil véritable ne peut justement pas se regarder dans un miroir et se dire :
« Voilà, je le possède. »

Parce qu'au moment où « je » possède l'Éveil...
quelque chose vient peut-être déjà de se séparer de ce qui Est.

Alors à ceux qui se disent éveillés, je ne demande pas :
« Êtes-vous réellement éveillés ? »

Je demande :
Lorsque votre pensée n'est plus là pour vous confirmer que vous l'êtes...
l'êtes-vous encore ?

Et lorsque même cette question se tait...
qu'est-ce qui reste de vous ?

Jayden