Faut-il vraiment faire mourir celui que tu étais pour devenir celui que tu veux être ?
On entend parfois :
« Pour changer de vie, il faut faire mourir ton ancienne identité. »
« Tue l'ancien toi. »
« Deviens une nouvelle version de toi-même. »
« Passe au level supérieur. »
Ces phrases peuvent sembler puissantes.
Elles donnent l'impression d'une rupture.
D'une renaissance.
D'un avant et d'un après.
Mais quelque chose me dérange profondément dans cette idée.
Parce que le nouveau « moi » qui veut éliminer l'ancien est peut-être simplement une autre identité qui cherche à s'installer sur le MÊME TRÔNE.
Alors, je le demande, pourquoi faudrait-il faire mourir une partie de soi pour changer ?
Cet ancien toi...
celui qui avait peur.
Celui qui s'est trompé.
Celui qui s'est attaché.
Celui qui a parfois menti.
Celui qui s'est mis en colère.
Celui qui a fui.
Celui qui a aimé comme il pouvait.
Celui qui a construit des croyances pour traverser ce qu'il vivait...
Pourquoi faudrait-il le tuer ?
Et surtout :
qui veut sa mort ?
Regarde bien.
Une identité apparaît et dit :
« Je ne veux plus être celui-là. »
Puis elle imagine quelqu'un de meilleur.
Plus fort.
Plus libre.
Plus conscient.
Plus spirituel.
Plus accompli.
Un « level au-dessus ».
Et elle dit :
« Voilà celui que je dois devenir. »
L'ancienne identité n'est peut-être pas morte.
Nous avons simplement changé son costume.
Nous avons retiré une étiquette pour en coller une autre.
Hier :
« Je suis comme ça. »
Aujourd'hui :
« Je ne suis plus celui que j'étais. »
Mais dans les deux cas...
« Je suis quelqu'un. »
Alors pourquoi vouloir faire mourir l'ancienne identité ?
Pourquoi ne pas simplement la regarder ?
Entendre encore les phrases qu'elle répète.
Voir les situations dans lesquelles elle réapparaît.
Sentir ce qui se serre lorsque quelqu'un touche précisément l'endroit que nous pensions avoir dépassé.
Parce que l'ombre que nous voulons tuer ne disparaît pas nécessairement lorsque nous fermons les yeux.
Elle devient simplement plus difficile à voir.
Et parfois nous continuons à nous cogner contre elle dans l'obscurité.
Faire mourir l'ancien soi peut alors devenir une nouvelle manière de fuir ce que nous ne voulons pas rencontrer.
Je ne veux plus voir celui que j'étais.
Alors je vais devenir quelqu'un d'autre.
Mais est-ce réellement une libération ?
Ou une nouvelle fuite ?
Je ne dis pas qu'une personne ne change pas.
Bien sûr que nous changeons.
Nos comportements changent.
Nos relations changent.
Nos pensées changent.
Nos croyances changent.
Notre manière de regarder le monde change.
Tout est mouvement.
Mais peut-être que changer ne demande pas de tuer celui que nous étions.
Peut-être faut-il parfois avoir le courage de se retourner...
et de le regarder.
Sans le glorifier.
Sans le condamner.
Sans vouloir l'arracher de soi.
Simplement voir.
Car quelque chose d'étrange peut alors apparaître :
celui que nous voulions faire mourir n'était peut-être déjà qu'une identité.
Une construction.
Une histoire.
Des croyances.
Des blessures.
Des souvenirs.
Des peurs.
Des mots répétés tellement longtemps que nous avons fini par dire :
« C'est moi. »
Et voilà peut-être le paradoxe.
Celui qui veut tuer cette ancienne identité...
est peut-être lui-même une nouvelle identité.
L'esprit remplace :
« Je suis celui-ci »
par :
« Je suis devenu celui-là. »
Et la prison change simplement de décoration.
Alors je ne veux pas tuer mon ancien moi.
Je veux le voir.
Je veux regarder sa lumière et son ombre.
Entendre ce qu'il raconte encore.
Sentir ce qu'il cherche encore à retenir.
Parce que voir une identité n'est pas la faire mourir.
C'est peut-être découvrir qu'elle n'a jamais été tout ce que Je Suis.
Et à cet instant...
il n'y a peut-être aucun « level supérieur » à atteindre.
Aucun ancien moi à assassiner.
Aucun nouveau moi à fabriquer.
Seulement cette question :
Si je ne suis ni celui que j'étais, ni celui que je cherche à devenir...
qui Suis-je ?
Jayden