La sagesse est devenue chiante.
Enfin... paraît-il.
C'est ce que l'on m'a dit aujourd'hui dans un commentaire de mon commentaire.
Aujourd'hui, il faut parler vite.
Faire court.
Donner une réponse vague.
Une vérité sans Vérité.
Une méthode sans méthode.
Il faut briller.
Trois clés pour changer de vie.
Cinq signes que vous êtes éveillé.
Une phrase suffisamment brillante pour être partagée avant de passer à la vidéo suivante.
Et surtout...
ne pas trop demander de réfléchir.
Parce que réfléchir prend du temps.
Questionner dérange.
Et demander :
« Qui pense ça ? Celui qui le vit ou celui qui l'a lu ? Comment le savez-vous ? »
devient presque plus gênant que d'affirmer n'importe quoi avec suffisamment d'assurance.
Voilà peut-être l'étrange époque des influenceurs de sagesse.
Nous avons transformé des questionnements qui traversent l'humanité depuis des millénaires en vérités consommables en quelques secondes.
Des philosophes ont consacré leur vie à une question.
Des sages sont restés devant le mystère.
Des traditions entières ont débattu pendant des siècles de la conscience, de l'Être, de Dieu, du libre arbitre, de la Réalité.
Et aujourd'hui...
une vidéo de quelques petites minutes nous explique parfois comment fonctionne l'Être humain.
Avec certitude sans certitude.
Alors forcément, celui qui arrive et demande :
« Comment le savez-vous ? »
Celui qui invite à élargir la réflexion, à envisager d'autres possibilités...
devient vite un peu chiant.
Pourtant, la sagesse n'a jamais eu pour fonction de caresser nos certitudes.
Elle les dérange.
Elle oblige parfois à relire.
À s'arrêter.
À questionner.
Puis à relire encore.
À regarder autrement ce que nous pensions avoir compris.
Alors oui...
Continuez à transmettre.
Continuez à partager.
Continuez à questionner.
Mais n'oublions pas qu'un enseignant qui ne supporte pas d'être questionné risque simplement d'enseigner une croyance avec beaucoup d'assurance et bien peu de fondements.
Et sur le fait d'être « chiant », je vous dirais simplement que la sagesse a du goût dans sa façon d'écrire et de questionner.
Mais ne nous inquiétons pas...
Certaines paroles ne seront jamais chiantes lorsqu'elles invitent à ne surtout pas réfléchir.
Parce qu'il est plus simple d'éblouir l'autre en quelques minutes que de le questionner pendant quelques heures.
Éblouir ne demande parfois qu'une belle phrase et beaucoup de conviction.
Questionner demande de s'arrêter.
D'écouter.
De réfléchir.
Et parfois même de douter de ce que l'on croyait savoir.
Alors oui...
je préfère la position de la sagesse à l'éblouissement d'un miroir.
Car un miroir peut renvoyer beaucoup de lumière...
et pourtant nous empêcher de voir.
Jayden