L'esprit est l'assassin de la Vérité.
Lorsqu'on comprend Cela, que l'on ne peut compter sur aucun aspect de l'esprit, la Réalité Seule de ce qui Est commence à briller à travers la brume de la confusion et de l'auto-illusion de l'esprit.
Là où n'existe aucun sentiment du « je ».
Et pourtant...
c'est avec cet esprit que nous cherchons la Vérité.
Nous réfléchissons.
Nous analysons.
Nous comparons.
Nous lisons.
Nous écoutons ceux qui prétendent savoir.
Puis, parfois, une pensée surgit :
« J'ai compris. »
Mais qui a compris ?
Encore l'esprit.
Celui-là même qui découpe, interprète, nomme, juge et transforme ce qui Est en ce qu'il croit voir.
Alors peut-être y a-t-il quelque chose d'étrange dans notre quête.
Nous demandons à l'esprit de nous conduire vers une Vérité qu'il ne peut toucher sans immédiatement la transformer en pensée.
Regarde.
Quelque chose apparaît.
Et presque aussitôt, une voix murmure :
« C'est beau. »
« C'est mauvais. »
« J'aime. »
« Je n'aime pas. »
« Cela devrait être autrement. »
Puis, à force d'écouter cette voix, nous n'entendons peut-être plus ce qui Est.
Nous entendons ce que nous pensons de ce qui Est.
La brume s'installe.
Et nous finissons par prendre cette brume pour le paysage.
Nous croyons regarder la Réalité...
alors que nous regardons peut-être la projection que notre esprit dépose sur Elle.
Et au centre de cette projection apparaît toujours quelqu'un :
« Je ».
Je pense.
Je crois.
Je sais.
Je veux.
Je cherche.
Je suis éveillé.
Je Suis Cela.
Mais lorsque ce bruit s'arrête...
où est ce « je » ?
Lorsque plus aucune pensée n'est là pour te rappeler ton nom, ton histoire, tes croyances, tes blessures, tes connaissances, ce que tu aimes ou ce que tu détestes...
que reste-t-il ?
Ne réponds pas.
Ressens simplement cet instant avant que les mots arrivent.
Parce qu'au moment même où tu réponds :
« Il reste la Conscience. »
« Il reste le Soi. »
« Il reste Dieu. »
« Il reste Cela. »
l'esprit a peut-être déjà repris ce qu'il venait de lâcher.
Il a posé un mot dessus.
Puis il s'y accroche.
Et bientôt, il dit :
« Je sais. »
Peut-être est-ce en cela que l'esprit est l'assassin de la Vérité.
Non parce qu'il serait mauvais.
Non parce qu'il faudrait le combattre.
Car vouloir tuer l'esprit serait encore l'esprit cherchant à tuer l'esprit.
Mais parce qu'il ne peut toucher ce qui Est sans essayer de le saisir, de le nommer, de l'expliquer.
Et ce qu'il serre alors entre ses mains n'est peut-être déjà plus la Réalité.
Seulement son interprétation.
Alors il ne s'agit peut-être pas de trouver une nouvelle Vérité.
Ni d'acquérir une nouvelle connaissance.
Ni même de devenir « éveillé ».
Il s'agit peut-être de voir la brume pour ce qu'elle Est.
D'entendre le bruit sans le confondre avec le silence.
De sentir ce à quoi nous nous agrippons...
et de ne plus le prendre pour ce que nous Sommes.
Alors la Réalité n'a peut-être même pas besoin d'apparaître.
Elle était déjà là.
C'était la brume qui nous faisait croire qu'Elle était cachée.
Et lorsque même la pensée :
« J'ai compris Cela »
disparaît...
plus personne ne possède la Vérité.
Plus personne ne peut dire :
« Je sais. »
Plus personne ne peut dire :
« Je suis arrivé. »
Plus personne ne peut même se dire :
« Je suis éveillé. »
Parce que là où n'existe aucun sentiment du « je »...
qui pourrait encore posséder quoi que ce soit ?
La Réalité Seule de ce qui Est.
Et peut-être que même ces mots sont déjà de trop.
Je Suis.
Puis...
silence.
Jayden