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On peut écouter.
Accueillir la douleur.
Essayer de comprendre.
Et parfois même voir ce que l'autre ne voit plus.
Mais on ne peut pas porter son problème à sa place.
Et encore moins le résoudre pour lui.
Car si son problème devient également notre problème, nous sommes désormais deux enfermés à l'intérieur.
Alors, qui reste dehors pour voir ?
L'autre peut nous tendre la main.
Nous montrer une direction.
Nous apporter un autre regard.
Mais il ne peut pas marcher intérieurement à notre place.
Et peut-être peut-il justement nous aider parce qu'il ne se noie pas avec nous dans notre problème.
Mais il y a une limite importante.
Lorsque nous répétons sans cesse la même souffrance à celui qui nous écoute, ce qui ne lui posait aucun problème peut finir par devenir également un problème pour lui.
C'est peut-être comme des vases communicants.
À force de verser toujours la même souffrance dans le même vase, celui-ci finit par se remplir.
Et lorsque la coupe de celui qui écoute est pleine, comment peut-il encore écouter ?
Nous disons parfois face à nos problèmes :
« Je n'ai plus la force mentale. »
Mais peut-être oublions-nous que l'autre non plus n'a peut-être plus cette force mentale.
Lui aussi peut être fatigué par Cela.
Lui aussi peut être épuisé par Cela.
Et lui aussi porte déjà quelque chose.
Alors, lorsqu'il finit par s'agacer, ne plus vouloir entendre ou simplement ne plus vouloir s'intéresser à ce problème, nous pouvons penser :
« Tu ne m'écoutes plus. Tu ne me soutiens plus, tu t'intéresses plus...»
Mais posons-nous aussi cette question :
« Depuis combien de temps lui demandons-nous d'écouter la même souffrance ? »
Répéter continuellement le même problème peut finir par déposer une partie de notre souffrance chez celui qui nous écoute.
Et lorsqu'il commence à porter ce que nous portons, il peut finir par ne plus voir davantage que nous.
Alors, qui reste encore libre pour regarder ?
N'attendons pas de l'autre qu'il porte ce que nous portons.
Pourquoi faudrait-il, même inconsciemment, que notre problème devienne le sien ?
L'écoute n'est pas de porter le problème de l'autre.
Écouter, c'est d'abord être là.
Entendre.
Accueillir.
Sans nécessairement attendre une réponse.
Car lorsque nous attendons, inconsciemment, de l'autre qu'il trouve une solution à notre place, peut-être commençons-nous déjà à lui demander de porter ce qui nous appartient.
On dit qu'Atlas porte la voûte céleste.
Mais peut-il porter deux voûtes célestes ?
Je ne suis pas différent.
Moi aussi, je peux attendre de l'autre qu'il porte une partie de ce que je porte.
Est-ce véritablement notre nature humaine ?
Ou avons-nous aussi construit, au fil des siècles, une croyance selon laquelle aimer quelqu'un, être bienveillant ou avoir de l'empathie signifie porter sa souffrance avec lui ?
Si c'est le cas, cette croyance peut peut-être devenir dangereuse.
Pour celui qui écoute.
Mais également pour celui qui souffre.
Car en laissant continuellement à l'autre le soin de regarder notre problème, peut-être évitons-nous de regarder véritablement ce qui résonne en nous.
J'ai pu constater quelque chose.
Dans beaucoup de nos paroles et de nos écrits, nous parlons de l'autre.
Nous l'analysons.
Nous expliquons pourquoi il agit ainsi.
Pourquoi il nous fait souffrir.
Pourquoi il devrait changer.
Nous écrivons parfois magnifiquement notre douleur.
Comme des poètes.
Mais allons-nous toujours jusqu'à regarder ce qui, en nous, souffre véritablement ?
Ou préférons-nous parfois attendre que l'autre trouve une solution à notre place ?
Et lorsqu'il ne le peut pas, commençons-nous alors à l'analyser lui ?
À expliquer pourquoi il ne nous comprend pas ?
Pourquoi il ne nous écoute plus ?
Pourquoi il n'est plus là comme nous voudrions qu'il le soit ?
Au lieu de nous regarder véritablement nous-mêmes ?
Il est toujours plus facile de regarder la voûte céleste que porte l'autre que de regarder celle qui repose sur nos propres épaules.
Peut-être que l'autre n'est pas là pour porter notre voûte.
Peut-être est-il simplement là pour nous permettre, parfois, de la voir.
Est-ce une Vérité ? Je n'en sais rien, car la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien et que je ne suis rien.
Cette parole, comme toutes les autres, n'est qu'une réflexion...
Alors, voyons simplement ce qui Est.