Arrête de faire semblant que tout va bien.

Arrête de faire semblant que tout va bien.

« Ça va ? »

« Oui, ça va. »

Et parfois, c'est vrai.

Mais parfois...

ça ne va pas du tout.

Et pourtant, nous sourions.

Nous allons travailler.

Nous parlons avec les autres.

Nous publions une belle photo.

Nous plaisantons.

Nous aidons même ceux qui ne vont pas bien.

Et lorsque quelqu'un nous demande :

« Et toi, ça va ? »

Nous répondons encore :

« Oui, ça va. »

Parce qu'il est parfois plus facile de montrer notre lumière que de laisser quelqu'un regarder notre obscurité.

Mais il n'y a pas seulement cette souffrance que nous cachons aux autres.

Il y a aussi celle que nous nous cachons à nous-mêmes.

Cette colère que nous appelons caractère.

Cette jalousie que nous appelons amour.

Cette peur que nous appelons prudence.

Ce besoin d'être aimé que nous appelons générosité.

Cette fuite que nous appelons liberté.

Cette dépendance que nous appelons attachement.

Cette blessure que nous appelons parfois notre personnalité.

Et peut-être même cette spiritualité que nous utilisons quelquefois pour ne surtout pas regarder ce qui dérange en nous.

Alors nous faisons semblant.

Pas nécessairement pour mentir aux autres.

Mais peut-être parce que nous avons tellement répété certaines histoires sur nous-mêmes que nous avons fini par y croire.

« Je suis comme ça. »

« Moi, je ne suis pas jaloux. »

« Je n'ai besoin de personne. »

« J'ai tourné la page. »

« Je lui ai pardonné. »

« Cela ne me touche plus. »

« Je vais bien. »

Vraiment ?

Je ne dis pas que tout cela est faux.

Je pose simplement une question :

Que se passerait-il si, pendant un instant, nous arrêtions de défendre celui que nous croyons être ?

Peut-être découvririons-nous quelque chose de moins lumineux.

Une contradiction.

Une peur.

Une colère.

Une jalousie.

Un mensonge que nous nous racontons depuis longtemps.

Une pensée que nous n'oserions jamais dire à voix haute.

Notre ombre.

Et immédiatement, nous voudrions peut-être nous en débarrasser.

Parce que nous avons appris que la lumière était bonne et que l'obscurité était mauvaise.

Alors il faudrait devenir meilleur.

Plus sage.

Plus aimant.

Plus spirituel.

Plus positif.

Plus lumineux.

Toujours plus lumineux.

Mais regarde une peinture en clair-obscur.

Si tu retires toute l'obscurité...

tu ne révèles pas davantage le sujet.

Tu lui retires sa profondeur.

Parce que la lumière seule ne révèle pas toutes les formes.

C'est sa rencontre avec l'ombre qui les fait apparaître.

Peut-être en est-il de même pour nous.

Notre ombre n'est pas nécessairement ce que nous devons combattre.

Elle est peut-être aussi ce que nous devons enfin regarder.

Voir sa colère ne signifie pas être la colère.

Voir sa jalousie ne signifie pas être la jalousie.

Voir son mensonge ne signifie pas être le mensonge.

Voir sa peur ne signifie pas être la peur.

Voir son ombre, ce n'est pas devenir son ombre.

C'est cesser de faire semblant qu'elle n'existe pas.

Et peut-être commencer à ne plus en être prisonnier.

Car ce que nous refusons de regarder ne disparaît pas.

Nous pouvons éteindre la lumière dans une pièce...

les meubles sont toujours là.

Et nous continuons parfois à nous cogner dedans.

Encore.

Et encore.

Puis nous nous demandons pourquoi nous reproduisons certaines relations.

Pourquoi certaines paroles nous blessent autant.

Pourquoi nous réagissons toujours de la même manière.

Pourquoi nous faisons certains choix alors que nous savons qu'ils nous feront souffrir.

Pourquoi nous cherchons depuis des années à devenir quelqu'un d'autre sans jamais avoir l'impression d'y parvenir.

Peut-être parce que nous essayons de changer ce que nous n'avons jamais véritablement accepté de regarder.

Alors non.

Je ne veux plus seulement parler de ta lumière.

Ta lumière, tu la connais.

Je regarderai aussi là où tu l'éteins.

Non pour te juger.

Non pour te condamner.

Non pour arracher ce que tu n'aimes pas en toi.

Mais pour éclairer.

Je Suis cette lampe qui éclaire ton clair-obscur.

Et dans ce clair-obscur, je ne choisirai pas ta lumière contre ton ombre.

Parce que ce serait encore créer une division.

Le bien contre le mal.

Le beau contre le laid.

Ce que tu acceptes d'être contre ce que tu refuses d'être.

Et comment parler de non-dualité si nous passons notre vie à nous couper en deux ?

Peut-être que la non-dualité ne commence pas lorsque nous sommes enfin devenus parfaitement lumineux.

Peut-être commence-t-elle lorsque nous cessons de fuir tout ce qui ne correspond pas à cette lumière.

Lorsque nous pouvons regarder :

« Oui, cela aussi apparaît en moi. »

Sans nécessairement le justifier.

Sans le nourrir.

Sans en faire notre identité.

Mais sans mentir sur sa présence.

Alors quelque chose change.

Nous ne sommes plus seulement les pétales que nous montrons fièrement.

Nous ne sommes pas davantage les épines que nous cachons honteusement.

Nous pouvons enfin regarder la Rose.

Entière.

Ses pétales.

Ses épines.

Sa lumière.

Son ombre.

Et peut-être qu'à cet instant, nous n'avons même plus besoin de faire semblant que tout va bien.

Parce que nous n'essayons plus d'être seulement ce qui va bien.

Les pétales ne sont pas la Rose.

Les épines ne sont pas la Rose.

La lumière n'est pas la Rose.

L'ombre n'est pas la Rose.

Tout cela apparaît en elle.

Et pourtant...

la Rose Est.

Je te vois....

Viens comme tu Es.